Montréal est-elle une «ville intelligente»?

Montréal est-elle une «ville intelligente»?

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« Déjà reconnue pour son effervescence en matière de technologies numériques, Montréal vise à devenir, dès 2017, un chef de file mondialement reconnu parmi les villes intelligentes et numériques », affirme d’emblée le site villeintelligente.montreal.ca.

Mais qu’en est-il au juste?
Qu’est-ce qui rend une ville «intelligente»?
Et notre métropole l’est-elle?

Interviewé par Le Devoir en janvier 2017, Rudolf Giffinger, professeur de développement urbain et régional à l’Université technologique de Vienne, affirme qu’une ville dite intelligente doit améliorer six aspects de sa «personnalité»: la gouvernance, l’habitat, le citoyen, l’économie, l’environnement et la mobilité.

En octobre 2014, le Centre des Sciences de Montréal accueille une conférence sur ce thème, invitant les participants à «innover pour réduire vos coûts d’opération et améliorer les services aux citoyens».

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On y décrit alors plusieurs facettes de cette restructuration des manières de penser et d’agir afin de passer à la version Montréal 2.0.

On y mentionne la gestion prédictive, la domotique, l’internet des objets, l’utilisation d’applications mobiles, la co-création avec les citoyens/ennes, les communications interactives et tutti quanti.

Bref, une appropriation des technologies d’aujourd’hui accompagnée d’une ouverture aux technologies de demain permettant une meilleure communication municipalité-citoyenneté dans le but d’améliorer la qualité de l’expérience urbaine, réduire les coûts de fonctionnement de la ville et attirer les investissements.

En 2015, le maire Denis Coderre annonce un plan de trois ans où pas moins de 70 projets visent «à développer Montréal en misant sur l’innovation collaborative, la technologie de pointe, l’audace et la créativité montréalaise». Voilà une proposition ambitieuse pleine de promesses, dont on peut suivre les détails sur le site fairemtl.ca

Mais le travail s’annonce de longue haleine.

En début d’année, sous le titre éloquent «Non, Montréal n’est pas une ville intelligente!», le chroniqueur Olivier Schmouker du journal Les affaires écrivait que Montréal est loin du but. Rappelant en introduction que le concept de ville intelligente ne réfère pas à l’acquisition d’une technologie à la fine pointe de l’innovation, mais bien d’un «espace urbain combinant harmonieusement l’économie, le social et l’environnement», il indique que la ville peine à réussir son pari d’une bonne mobilité urbaine, la «marchabilité».

Il y discute de trottoirs en mauvais état, de l’absence «de destinations intéressantes», de «bâtiments dégradés», mentionnant au passage des rapports du SPVM qui font de certaines intersections des zones carrément «périlleuses pour les piétons». Il cite en conclusion l’exemple parisien, où le déplacement à pied surclasse le déplacement en voiture chez ses résidents.

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Six mois plus tard, le 12 juin 2017, Laurence Houde-Roy publie dans Le Journal de Montréal un article où elle met en lumière le retard de la moitié des projets de Montréal, ville intelligente, annonçant même le probable abandon de certains d’entre eux.

«À force de vouloir aller très vite, on tourne les coins ronds. Mais l’approche qu’on a préconisée, c’est que tant qu’on n’avait pas l’expertise interne, on a retenu le démarrage de certains projets», indique Harout Chitillian, responsable de ce dossier au sein du comité exécutif de la ville.

Elle écrit qu’à l’automne 2017, des projets entourant le 311 numérique seront mis de l’avant dans huit arrondissements avec quatre ans de retard selon Magda Popeanu de Projet Montréal. «On fait rire de nous dans le milieu informatique, parce que tous les employés de la Ville travaillent encore avec Office 2003 et Lotus Notes parce qu’ils n’ont pas été capables de faire la migration (…) Si quelqu’un me dit que Montréal est une ville intelligente alors qu’on travaille avec ces logiciels, alors je ne comprends pas le mot intelligent.»

De toute évidence, le travail s’annonce ardu. Reste deux ans au projet. Où Montréal en sera-t-elle en 2019? Voilà un dossier à suivre de près.

Martin Morin