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Est-ce que les mini chariots pour enfants augmentent les ventes?

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«  Client en formation » indique la petite pancarte en forme de drapeau. La petite fille de six ans pousse son mini chariot dans les allées, sa jupe de fée rose bonbon faisant des vagues à chaque pas. Certains clients s’en attendrissent. Mais la manœuvre est-elle avantageuse pour le retailer ?

 

Impossible de le déterminer, car personne ne semble avoir étudié la question de manière scientifique. POTLOC a passé des dizaines d’appels auprès de nombreux commerçants. Aucun n’a étudié la question.

 

«  Personne ne m’a parlé de ça. Et quand un sujet crée des problèmes ou de l’enthousiasme, je vous garantis que j’en entends parler », révèle Léopold Turgeon, PDG du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD). Même son de cloche à l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ) : «  Je ne connais aucune étude sur ce sujet plutôt pointu, confie Pierre-Alexandre Blouin, PDG de l’ADAQ. Qui plus est, les enfants qui poussent ces chariots ne sont pas des clients, mais des accompagnateurs. Les minis chariots représentent une initiative parmi d’autres pour favoriser une expérience client plus agréable pour les parents. Et ça permet de canaliser l’énergie des enfants, à condition qu’ils soient convenablement encadrés par leurs parents.  »

 

Au supermarché IGA de Sainte-Adèle, par exemple, on n’a pas enregistré d’augmentation des ventes ou de désagrément liés à ce service.

 

Chez Provigo, filiale québécoise du géant Loblaws, on confirme qu’on ne dispose d’aucun indicateur de performance lié à ce service. Mais la porte-parole confirme que les chariots miniatures sont généralement très appréciés des parents. On les considère comme une forme d’apprentissage à faire l’épicerie pour les clients de demain. Et les enfants aiment qu’on leur confie des responsabilités ; ils trouvent ça moins long en magasin.

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Une nuisance

Cet enthousiasme n’est pas universel. En 2016, Target a enlevé tous les minis chariots dans 72 de ses 1850 magasins. Le géant mettait ainsi fin à une expérience pilote après quelques semaines seulement à certains endroits, rapportait le Chicago Tribune.

 

Le retailer révélait du même coup qu’il avait été submergé par les plaintes de clients blessés lors de collisions. Les parents avaient manifestement de la difficulté à contrôler l’excès d’enthousiasme de leurs enfants. Target rapportait des collisions en série, ainsi que des complications aux caisses, alors que des parents ne voulaient pas payer pour tous les produits qui avaient été placés par leurs enfants dans leurs minis chariots. Ce qui causait des embouteillages aux caisses.

 

Target reconnaît que de nombreux clients appréciaient les chariots miniatures. Mais les commentaires négatifs de la clientèle l’ont emporté haut la main, notamment sur les réseaux sociaux. La chaîne a tout de même retiré des centaines de ces chariots, qualifiant l’expérience de cauchemar, selon Business Insider.

 

De la colère

L’expérience s’est transformée en controverse lorsqu’une jeune mère, Laura Rinas, a lancé un mouvement, Moms Against Stupid Tiny Carts (MASTIC). Dans un blogue devenu viral, elle décrit ces chariots comme des «  véhicules de destruction massive » !

 

«  Pendant 10 secondes, j’ai pensé que cette initiative aurait pu être la chose la plus mignonne que j’ai vue », dit-elle. Puis, son fils a rempli son chariot de choses inutiles dans la section à un dollar, s’amusant ensuite à le propulser dans d’autres chariots en magasin. La jeune mère devait le pourchasser dans des sections comme celle des bonbons ou des jouets, comparant l’expérience à des scènes du film Jurassic Park. Le blog a été vu par 230 000 personnes en deux mois. Certains parents étaient toutefois en désaccord avec ces propos. Car ils appréciaient les minis chariots et regrettaient leur retrait.

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Différents modèles

Il y a deux modèles de mini chariots sur le marché : les «  autonomes », qui sont des reproductions en miniature de chariots d’adultes, et les «  attachés », qui sont des extensions, souvent en forme d’avions au de véhicules divers, attachées à l’avant de chariots conventionnels.

 

Ces derniers ne semblent pas poser de désagréments, puisque le parent demeure en contrôle permanent.

 

Un des fabricants de ces chariots «  attachés », l’entreprise américaine McCue, affirme que ses produits peuvent augmenter les ventes jusqu’à 20 %. POTLOC a multiplié les tentatives d’entrevues pour vérifier cette affirmation, mais McCue n’a jamais répondu à nos demandes.

 

Enfin, chaque année aux États-Unis, environ 24 000 enfants (66 par jour) sont victimes d’accidents, souvent graves, liés aux chariots conventionnels, rapporte le Washington Post. La majorité des victimes ont subi des blessures à la tête (notamment des commotions cérébrales) à la suite d’une chute ou d’un basculement du chariot. Les autorités en santé publique remettent en question le design de nombreux modèles de chariots sur le marché. Et suggèrent, évidemment, de ne jamais laisser sans surveillance un enfant assis dans un chariot. Ce qui pourrait aisément s’appliquer à un modèle miniature…

 

Stéphane Desjardins

 

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