Le food court « made in France » a-t-il un avenir ?

Le food court « made in France » a-t-il un avenir ?

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De Singapour à New York, les aires de restauration (ou « food courts ») se comptent aujourd’hui par centaines. En France, le concept mérite quelques adaptations pour fonctionner. Explications.

 

Les food courts sont devenus aujourd’hui des lieux de restauration incontournables. Le concept est simple : plusieurs comptoirs de restauration sont installés dans une grande salle. Concrètement, le consommateur achète son repas au stand de son choix, parmi une offre culinaire variée, puis s’assoit à l’une des tables communes. Le tout dans une atmosphère conviviale.

 

Largement développé aux quatre coins du monde, ce modèle n’a pas rencontré le même succès en France. « Il y a eu plusieurs tentatives, souligne Bernard Boutboul, directeur-général du cabinet Gira Conseil. Dans les centres commerciaux Italie 2 et Parly 2, au dernier étage du Printemps Haussmann ou au Carrousel du Louvre. Même si ces espaces étaient beaux et bien conçus, la plupart ont fermé. Seul celui du Louvre a survécu car il fonctionne à 80 % avec une clientèle anglo-saxonne habituée à ce modèle ».

 

Pour Bernard Boutboul, le concept « traditionnel » du food court ne convient pas à la mentalité française. « Le nombre de tables étant limité, les consommateurs français ont le réflexe de s’asseoir et de réserver des places pendant que l’un d’eux va commander. Ils évitent ainsi d’attendre debout avec les plateaux. Mais en attendant, ils bloquent des tables, empêchant les autres groupes de s’asseoir !».

 

Pour qu’il prenne son envol en France, le concept de food court doit être adapté. « Jusqu’à présent, ce concept n’a pas trouvé son public en France, car il ne répondait pas aux attentes des consommateurs, explique Nicolas Nouchi, directeur du cabinet d’étude CHD Expert. Ces derniers veulent de l’authenticité, de la naturalité, de l’ethnicité, de la diversité dans les concepts et les modes de consommation… bref une proposition décalée ».

 

 

Les futurs food court devraient donc s’inspirer des nouveaux lieux de restauration nomade qui fleurissent en France. Sur ce créneau, on peut citer Ground Control inauguré en février dernier dans un ancien entrepôt de la SNCF, à deux pas de la gare de Lyon (12 restaurants sur 1500 m² et des ateliers d’expérimentations culturelles comme un studio radio, une galerie photo ou encore un vidéodrome) ; la Boca Food Court à Bordeaux qui va ouvrir en novembre en lieu et place des anciens abattoirs bordelais Debat-Ponsan, à coté de la gare Saint Jean (14 corners à thème, une cave à vins et un bar à cocktails répartis sur 1 300 m²) ou encore Heat qui s’installera sur 5 000 m² à Lyon en avril 2019 dans une ancienne chaudronnerie au sein de l’incubateur H7.

 

Un second food court lyonnais devrait voir le jour au printemps 2020 sur le toit du centre commercial de la Part-Dieu. A l’image d’un espace de coworking, ce projet accueillera de jeunes chefs pour qu’ils testent leur cuisine et leurs concepts de restaurants.

 

Ces lieux ont vocation à proposer autre chose qu’une simple offre food. C’est ce qu’on appelle le beyond food, poursuit Nicolas Nouchi. Ils affichent en effet une dimension sociale et de partage, à travers des événements socialisants (expos, concerts, ateliers…)

 

Un avis que partage Coralie Salard, chargée d’études et de commercialisation des grandes gares parisiennes, SNCF Retail & Connexions. « Au-delà de la diversité de l’offre permettant de répondre aux besoins de la clientèle à toute heure de la journée et d’une atmosphère chaleureuse, il faut créer de l’événement dans les food court. Cela permet de séduire une clientèle jeune et urbaine, en quête de nouveauté et qui suit les tendances ». Un pari que va justement tenter SNCF Retail & Connexions en 2019 avec l’ouverture d’un Street Food Market à l’intérieur de la gare Saint-Lazare.

 

Sur plus de 700 m², une dizaine de stands proposeront un tour du monde du street food. L’occasion pour la gare parisienne « de faire venir des enseignes innovantes qui ne seraient peut-être pas venues en propre sur une boutique et de devenir un lieu de destination food drainant un flux additionnel ».

 

Cette tendance devrait se poursuivre. Actuellement, la restauration représente 10 à 15% des unités surfaces commerciales dans un centre commercial, mais on devrait se diriger vers les 20 à 25 % dans les prochaines années, comme c’est déjà le cas chez les Anglo-Saxons…

 

Par Peggy Cardin-Changizi

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