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Drive piéton : beaucoup de bruit pour rien ?

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Les drives piétons fleurissent dans nos villes. Moins coûteux que la livraison à domicile, mais peu rentables pour les distributeurs, ils s’imposent comme un mode de distribution alternatif, en accord avec les usages des citadins.

 

Un coup de maître. C’est ce qu’a réussi à faire E. Leclerc en lançant son premier drive piéton à Lille (Hauts-de-France) en 2017. Résultat, près d’un an plus tard, le point de retrait a rapporté 1,5 million d’euros de chiffre d’affaires au distributeur et un succès public phénoménal, à tel point que tous ont voulu lui emboîter le pas. « Les enseignes ont vu dans ces points de retrait situés en centre-ville, le nouveau Graal, et se sont lancées dans des plans de développement », affirme Cédric Ducrocq, PDG de Dia-Mart.

 

Carrefour a programmé 10 ouvertures d’ici la fin de cette année, à Paris et à Lyon, Auchan vient d’installer une première unité à Lille et E. Leclerc a, par ce canal, investi pour la première fois le marché parisien, faisant, dans la foulée, construire deux entrepôts.

 

Qu’est-ce qui explique un tel succès ? Côté consommateur, le cocktail services-prix est gagnant. « Le drive piéton permet à la fois de ramener les prix de l’hypermarché en centre-ville et de proposer aux clients du confort et de la fluidité dans leur parcours d’achat », ajoute Cédric Ducrocq.

 

Fini, l’attente en caisse ou la corvée des courses après le travail. En quelques clics, on peut acheter ses produits et programmer son horaire de retrait sans avoir à passer par la case magasin. Côté distributeurs, le modèle est aussi tentant : ouvrir un drive ne nécessite pas d’autorisation délivrée par la CDAC et il en coûte en moyenne 40 000 euros par unité… Difficile de s’en priver dans le contexte hyper concurrentiel de la grande distribution française.

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Les drives piétons sont-ils rentables ?

Toutefois, si les effets d’annonce sont spectaculaires, il ne s’agit pas pour autant d’un raz-de-marée. Et pour cause : la question de la rentabilité est loin d’être simple.

 

Deux modèles émergent de ce nouveau mode de distribution : celui où le drive piéton est alimenté par un entrepôt basé en périphérie et celui où il est l’extension d’un hypermarché existant. Le premier cas de figure, adopté par E.Leclerc, se révèle coûteux sur le plan du transport et de la logistique. « Il faut compter du temps et quelques centaines de millions d’euros pour obtenir une logistique de haut vol et une automatisation performante, comparable à celle d’un Ocado », note Cédric Ducrocq.

 

Dans les deux cas, la rentabilité du drive piéton demeure faible : les paniers moyens sont plus petits qu’en supermarché ou en drive classique et le service apporté n’est pas facturé aux clients. En revanche, le maillage territorial que permettent de tisser ces points de retraits urbains est une véritable stratégie défensive de la part des enseignes, aussi bien contre leurs concurrents nationaux que face à Amazon.

 

« Le drive piéton est une solution pour parer à l’érosion des volumes et de la valeur à laquelle se trouvent confrontés tous les distributeurs physiques », affirme Jean Marc Megnin, directeur général de ShopperMind. Alors que 40 % du chiffre d’affaires du marché non alimentaire est capté par le click and collect, le drive piéton s’impose, de plus en plus, et en accord avec les usages des consommateurs, comme un service incontournable de la palette logistique des acteurs de la grande distribution alimentaire.

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Par Cécile Buffard